Imagine à Nouméa - Septembre 2009

 




Emblème des îles Loyauté


Vacances à Ouvéa et à l'Ile des Pins


Ouvéa, c'est où ça? Un peu d'histoire et de géographie ...

Les îles Loyauté sont au nombre de quatre: Maré, Lifou, Tiga, et Ouvéa, la plus au nord de cet archipel qui s'étire le long de la côte est de la Nouvelle-Calédonie, à une centaine de kilomètres. Des récifs isolés prolongent cet alignement vers le nord-ouest: Beautemps-Beaupré, l'Astrolabe.

Peuplées par les mélanésiens depuis plus de 3000 ans, elles ont accueilli des migrations polynésiennes en provenance de Wallis, des Tonga et des Samoas il y a quelques siècles, avant leur redécouverte par les Britanniques à la fin du 18ème siècle. L'annexion de cet archipel par la France date de 1864, mais il a toujours été considéré comme mal adapté à une colonisation massive, et la population actuelle est donc quasi exclusivement issue de ce métissage mélanésien et polynésien.

Ouvéa en particulier connut plusieurs migrations polynésiennes au 16eme et 17eme siècle, principalement en provenance de Wallis dont le nom polynésien est "Uvea". On y compte un peu plus de 4000 habitants qui parlent deux langues très distinctes: le Iaai d'origine mélanésienne dans le centre, et le Faga-Uvea très proche du polynésien de Wallis dans le sud et le nord.

Ouvéa est une île en forme de croissant (une anguille dit la légende) bordée à l'Est par une fine plage de sable blanc de 25km et par un vaste lagon aux couleurs incroyables, classé au patrimoine mondial par l'UNESCO, que ceinture au nord et au sud un groupe d'îlots, les Pléïades.

Saint-Joseph, 7 et 8 septembre 2009

Nous voilà dans le lagon d'Ouvéa, l'île la plus proche du paradis si l'on en croit les slogans publicitaires des agences de tourisme... Ça fait toujours sourire ces formules toutes faites, l'envers des décors de rêve n'est jamais si paradisiaque au quotidien. Mais trêve de réalisme: nous sommes ici en vacances alors tenons-nous en au décor et à la surface des choses, et notamment celle de l'eau du lagon dont la couleur et la lumière irréelles pourraient bien évoquer, en effet, la proximité immédiate du bonheur éternel.
Comme tout se mérite, il a fallu naviguer 165 milles et un peu plus de 24h depuis Nouméa dans des conditions assez éloignées des prévisions météo, changeantes et peu agréables. La récompense est là dès le mouillage, calme, ciel bleu, seuls face à une plage infinie bordée de cocotiers frémissants.
Nous débarquons après le déjeuner pour aller faire la coutume avec le petit chef de la tribu de Saint-Joseph. Le village est désert et le chef introuvable, tout le monde assiste à un grand mariage dans une tribu voisine. Nous reviendrons plus tard, ou demain. En attendant, nous visitons l'église, très bien entretenue et originale par son plafond voûté en bois bleu, sa décoration, et son christ habillé à la mode locale, d'un manou autour de la taille.
Trois autres catamarans nous ont rejoint au mouillage, dont Caramba avec qui nous passerons une bonne partie de ces vacances scolaires.
Le lendemain, nous trouvons le chef chez lui, près de l'épicerie et de la station service. La coutume est simple et rapide, nous offrons le traditionnel manou, du tabac, et un billet de 1000 francs, le chef nous remercie et nous autorise à séjourner sur son territoire, ici à Saint-Joseph et aussi à l'îlot Beautemps-beaupré plus loin à 25 milles à l'ouest d'Ouvéa.
La coutume faite, nous levons l'ancre pour une courte navigation de 4 milles et trouvons un mouillage sous le vent de l'île d'Unyee, tout près du récif nord d'Ouvéa. La plongée de l'après-midi est belle mais un peu physique à cause du courant, l'eau est claire et la faune abondante: requins pointe blanche, gris, dormeurs, nombreuses tortues, corail varié, poisson inédit comme ce labre masqué juvénile nageant tel une feuille morte.

Beautemps-Beaupré, 9 septembre

Perdu au milieu de rien, ce minuscule caillou désert à la végétation abondante porte le nom du cartographe de l'expédition française qui le "découvrit" en 1793. Il avait en fait été découvert bien avant par plusieurs familles venues de Polynésie en pirogue qui s'y installèrent il y a plusieurs siècles, avant de finalement migrer vers les terres plus accueillantes de Saint-Joseph où leurs descendants vivent toujours aujourd'hui. Nous nous faufilons entre les grosses patates de corail bien visible qui barrent l'entrée du mouillage et posons l'ancre devant un paysage de roman d'aventure, l'image parfaite de l'île de Robinson: une plage de sable blancs bordée de quelques rochers, frangée de cocotiers et léchée par l'eau turquoise. Romain ne peut attendre l'immobilisation complète d'Imagine, il plonge depuis l'étrave et gagne cette plage accueillante à la nage. Petite déception quand même: il nous faut partager ce petit bijou! Le mouillage est déjà encombré de 3 bateaux, et deux autres arrivent derrière nous. Selon nos critères de navigateurs trop gâtés, c'est carrément la surpopulation!


La plage de Beautemps-Beaupré

Gorgone rouge

Heureusement, il y a de la place pour tout le monde, et sous la surface nous ne rencontrons que des poissons. Seules quelques patates de corail séparent notre mouillage du grand bleu de l'océan, les fonds sont superbes et l'eau cristalline. La faune abonde, nous harponnons sans difficulté notre nourriture, une loche saumonée de 10 kg que nous dégusterons le soir même en brochettes sur Caramba. Ensuite, nous continuons la plongée pour le régal des yeux.

Lekiny et Mouli, 10-12 septembre

Hélas, une bande nuageuse a sournoisement envahi le ciel pendant notre sommeil, un front s'annonce qu'il vaut mieux aller subir ailleurs que dans ce mouillage peu protégé. La décision est prise de naviguer vers l'île des Pins pour profiter du vent de nord-est, nous quittons donc Beautemps-Beaupré à peine 24 heures après notre arrivée avec quelques regrets. A peine au large, nous sommes pris dans un large grain froid et pluvieux, avec rafales à 25 noeuds de sud-est, soit pile dans le nez. C'est précisément les conditions que nous pensions éviter en partant si prématurément! Inutile d'insister, nous changeons de cap pour rallier le sud du lagon d'Ouvéa, en tirant des bords laborieux. Le nerf de chute du solent casse dans une rafale, la voile bat et devient inutilisable au près. Ce n'est qu'à la nuit tombée, dans l'obscurité aggravée par la pluie et les rafales que nous mouillons en aveugle (vive la cartographie électronique et le GPS!) devant l'hotel Paradis d'Ouvéa à Lekiny. Gouttant et dégoûtés!

Le jour se lève le lendemain sur un lagon bien moins paradisiaque que sur les photos des catalogues. Ciel gris, couleurs en berne, eau trouble et clapoteuse. Caramba nous quitte pour aller visiter Lifou, l'île voisine des Loyautés. Nous préférons rester à Ouvéa et subir ici le passage du front et la rotation du vent à l'ouest la nuit prochaine. Nous serons au vent de la côte, situation a priori peu confortable voire dangereuse, mais l'ancre est bien crochée dans un fond de sable, avec 50 mètres de chaîne, et toute la place nécessaire pour réagir en cas de dérapage donc nous ne sommes pas inquiets. Juste vigilants. Nous avons remouillé en face du village de Mouli que nous avons l'intention de visiter quand le temps sera établi. La journée passe sans plus d'activité. Vers 21h30, l'équipage d'Imagine dort déjà, je veille seul dans le carré. Dans la nuit noire, une embarcation à moteur s'approche, ralentit, et des voix nous lancent un "bande de bâtards!" plein de provocation et de mépris. J'eteinds la lumière et je sors, scrutant l'obscurité, mais ils sont déjà loin ... plus bêtes que méchants probablement. Nous sommes le seul bateau au mouillage, une cible isolée et facile pour les excités du vendredi soir. Heureusement, la foire annuelle des îles Loyautés se tient ce week-end à Ouvéa et l'alcool est interdit à la vente depuis hier, il ne reste que le cannabis qui rend moins agressif en général! Le reste de la nuit ne sera perturbé que par le passage du front à 2h du matin. Peu actif, il ne causera aucun problème.

Le soleil refait son apparition au matin. Peu enthousiastes à l'idée de laisser notre annexe sans surveillance devant Mouli après l'épisode de la nuit, nous retournons mouiller devant l'hotel Paradis à Lekiny, où nous jouons aux parfaits touristes pour la journée: déjeuner au restaurant avec en entrée un crabe de palétuvier (spécialité d'Ouvéa, charnu à souhait), suivi d'une assiette de poisson grillé au curry et gingembre, puis sieste sur les transats au bord de la piscine dans laquelle s'ébattent joyeusement Romain et Bastien (comme si l'immensité du lagon ne suffisait pas!).
Petite promenade digestive sur le pont de Lekiny, qui relie physiquement les deux îles qui forment Ouvéa. D'un côté du pont, le lagon, de l'autre l'île de Fayawa et les falaises de Lekiny, puis l'océan. Entre le pont et Fayawa, un mini-lagon abrite quantité de tortues, raies (on en comptera 25!), carangues, requins, qui nagent dans le fort courant. Cette zone est une aire coutumière de pêche, tabou pour les touristes, rien que pour les yeux! Retour sur la plage devant l'hotel, en compagnie de l'équipage d'un autre catamaran avec qui nous faisons connaissance, et chez qui nous dînons le soir.

Foire des Îles Loyauté et visite de l'île d'Ouvéa, 13 septembre

L'évènement du week-end, c'est la foire des îles, manifestation annuelle des îles Loyauté organisée alternativement sur Maré, Lifou, et Ouvéa cette année. Nous louons une voiture pour nous y rendre et visiter l'intérieur d'Ouvéa. Le champ de foire situé dans la tribu de Banutr est désert en ce dimanche matin, c'est l'heure du culte très suivi ici. Seuls les exposants s'affairent nonchalamment à ouvrir leurs stands disposés en deux rangées de chaque côté d'un immense espace grand comme deux terrains de football. Les organisateurs ont prévu grand! Nous parcourons rapidement: les stands, artisanat, vêtements, savoir-faire et agriculture, associations, restauration... et nous avons fait le tour en moins de 20 minutes.
En attendant que les visiteurs arrivent, nous reprenons la route, unique, qui longe l'interminable plage d'Ouvéa sur 25km du sud au nord au milieu des cocotiers. Nous traversons plusieurs villages. Les cases traditionnelles voisinent les habitations en dur, mais ici on trouve des cases rectangulaires d'influence polynésienne à côté des cases rondes de tradition mélanésienne. Les lieux de cultes sont en effet plus animés que la foire, égayés par les robes missions colorées. Nous nous arrêtons un moment devant le monument à la mémoire des 19 victimes kanak du drame d'Ouvéa, dont les messages gravés dans le marbre rappellent combien l'histoire est douloureuse et la paix précaire dans ce petit coin que l'on prétend si proche du paradis (voir à ce sujet l'article sur la prise d'otage d'Ouvéa sur Wikipedia).
Plus loin, nous admirons le trou bleu d'Anawa, bassin naturel creusé dans la roche calcaire à une centaine de mètres de la plage. L'eau est d'un bleu abyssal. Cousteau et son équipe n'ont pu atteindre le fond lorsqu'ils y avaient plongé. La surface de l'eau est de plusieurs mètres plus élevée que celle de la mer, sans doute à cause d'un apport naturel en eau douce. Pourtant quelques poissons de mer sont visibles, arrivés là en empruntant par hasard les labyrinthes sous-marins.
Retour à la foire pour goûter les spécialités locales à midi. Il n'y a toujours pas foule. On nous explique qu'il y a une bonne raison à ce manque de visiteurs: le catamaran rapide tout neuf censé desservir toutes les îles Loyauté refuse de venir à Ouvéa, pour cause d'incompatibilité entre la forme de ses coques et l'unique débarcadère de l'île. Le billet d'avion Nouméa-Ouvéa est trop cher pour la plupart des gens, surtout pour les voisins de Lifou et de Maré qui sont obligé de payer d'abord le voyage vers Nouméa. Il n'y a pas de liaisons directes inter-îles! Il reste le transport par cargo mixte fret-passager ...
L'accueil est très gentil, Pascale se voit offrir un collier de graines, on nous prépare des noix de coco à boire, on nous invite à s'asseoir dans un stand où nous discutons avec les habitants. "Ouvéa c'est cocotiers, cannabis, becs de cane" nous résume un de nos hôtes en rigolant (le bec de cane est un poisson très consommé en Nouvelle-Calédonie). Dans un coin, une mamie assise sur une natte et qui tresse une décoration en pandanus, tout en discutant avec Pascale, soupire en secouant la tête, désolée d'entendre ça. Les femmes assurent le quotidien en silence ici comme dans beaucoup d'endroits sur la planète...
Le déjeuner terminé, nous reprenons la voiture en direction du nord. Une fine bande de terre de quelques kilomètres sépare le district coutumier de Saint-Joseph au nord de ceux de Fayaoué au centre et de Mouli.au sud. Nous traversons Saint-Joseph que nous avons déjà visité, puis Gossanah. Un monument tout simple dans le jardin d'une case appelle au pardon et à la réconciliation, en mémoire de l'assassinat de Jean-Marie Djibaou et de Yeiwéné Yeiwéné, tués lors de la cérémonie de commémoration un an après la tragédie d'Ouvéa par un indépendantiste qui refusait les accords de Matignon.
La route se termine à la pointe Escarpé, qui protège la magnifique baie d'Ognat. Aucune âme qui vive dans tous les villages traversés, sans doute les gens sont-ils à la foire ou profitent-ils de ce dimanche pour faire la sieste? Nous croiserons seulement une bande de jeunes à vélo, et deux pêcheurs sur le débarcadère de Wadrilla.
Troisième retour à la foire, les enfants profitent du club de voile pour glisser en planche à voile sur ce beau lagon bleu. Romain se débrouille, pour Bastien c'est un baptême. Pendant ce temps, un groupe de jeunes musiciens se produit sur scène, et il a son fan-club: cinq mamies en robe mission se trémoussent au pied de l'estrade, pendant que les jeunes sont assis à l'ombre.
Nous terminons la visite d'Ouvéa en continuant la route jusqu'à la pointe sud, en traversant la tribu de Mouli.

Retour vers la Grande Terre, 14 et 15 septembre

Avant le retour de l'alizé, qui nous obligerait à rentrer face au vent, nous entamons notre retour vers Nouméa via l'Ile des Pins dans le sud du lagon. La pêche nous offre un magnifique mahi-mahi de 16kg, qui bataille furieusement pendant une heure avant de finir sur la jupe arrière. Il faudra une grosse rasade de rhum dans les ouïes pour l'euthanasier le moins méchamment possible. On a toujours des remords quand on tue une bête aussi magnifique, si belle à voir évoluer dans l'eau ... remords qu'on oublie ensuite assez vite en la dégustant à toutes les sauces. Celle-là fera aussi le bonheur de nos amis, on n'a pas de congélateur!
Le vent ne daigne pas coopérer, on se traîne toute la nuit et l'alizé se lève peu après le soleil pour nous barrer la route. Nous décidons d'une petite escale de repos sur la côte est, qu'on appelle la côte oubliée parce qu'elle est très peu habitée et peu accessible par la route. Une passe sinueuse à négocier avec précaution et bonne visibilité nous conduit dans une baie bien abritée derrière l'îlot de Kuebuni, paysages typiques du sud calédonien avec ce mélange si particulier de terre rouge, de pins colonnaires et de cocotiers, sur le fond bleu de la mer et du ciel. Caramba nous rejoint quelques heures plus tard en provenance de Lifou, et nous aide à entamer le mahi-mahi pour le dîner.

Île des Pins, 16-20 septembre

Le lendemain de bonne heure, il fait un temps idéal pour rejoindre l'Ile des pins. Une navigation parfaite d'une trentaine de milles nous porte en quelques heures dans la baie d'Oro, au nord de l'île. C'est là que nous avions atterri en provenance des Fidji il y a un peu plus d'un an, nous n'avions pas pu mouiller à cause de la houle. Aujourd'hui les conditions sont idéales, nous nous glissons avec précaution (il y a moins d'un mètre d'eau, c'est presque marée basse!) vers un petit fjord où nous mouillons à l'abri. Nous vivons les jours qui suivent hors du temps, dans notre bulle Imagine, à admirer le paysage, les couleurs, les fonds marins et la faune (un nombre incroyable de tortues, des requins, carangues, becunes, raies, grande variété de corail, ...), lire, jouer, ... Nous aurons le même programme dans la baie de Gadji, autre mouillage somptueux et tranquille, avant de reprendre la direction de Nouméa, rentrée scolaire oblige.


Fin des vacances, Imagine rentre à Nouméa

 

Post-scriptum ...

Après les vacances, c'est encore les vacances! Le jeudi suivant la rentrée est un jour férié en Nouvelle-Calédonie, le vendredi c'est le pont avec le week-end ... conséquence: à peine rentrés nous avons à nouveau 4 jours de vacances! Un petit bonus bienvenu, que nous avons passé dans le lagon à deux heures de Nouméa dans un endroit merveilleux et, contre toute attente, seuls au mouillage ...


Mouillage à Toombo

 

Voir les photos de septembre