Les Grenadines

Première Partie: Bequia, Moustique, Tobago Cays, Union par Pascal


Bequia
Départ matinal de l'anse cochon, à Sainte-Lucie. Le réveil a sonné à 4 heures du matin, il fait nuit noire. Une demi-heure plus tard, la bouée est larguée et nous hissons les voiles, 2 ris plus solent, cap au 200 degrés direction Saint-Vincent et Les Grenadines (joli nom pour un pays). Nous longeons la côte spectaculaire de Sainte-Lucie, avec passage des deux pitons, les deux rochers volcaniques emblématiques de l'île, dans la lueur de l'aube. Des dauphins viennent compléter le tableau. Nous n'avançons pourtant pas bien vite, sous le vent de la côte, mais ceux-ci ont l'air de ne pas vouloir trop forcer l'allure. Ils ont un rostre particulièrement effilé, de couleur rose, et sont drapés d'une bande claire tachetée des yeux à la queue. Ils nous escortent environ 3/4 d'heure, nageant parfois à six de front entre les étraves, un vrai cortège officiel. On n'avait pas eu droit à un tel spectacle depuis longtemps.
Lorsque le soleil se lève, nous attaquons la courte traversée du canal de Saint-Vincent, vingt milles à découvert, où aucune côte ne nous prive plus des joies de l'Océan: 25 noeuds de vent et une mer agitée, travers au bateau.
L'équipage n'a même pas eu le temps de succomber au mal de mer lorsque nous nous retrouvons à l'abri des côtes de Saint-Vincent. Nous ne nous arrêterons pas sur cette île, faute de temps, pourtant elle est très belle vue de la mer. C'est là qu'a été tourné récemment le film "Pirates des Caraïbes". Comme beaucoup, nous sommes attirés par Les Grenadines, un archipel qui s'éparpille au sud de Saint-Vincent jusqu'à l'île de Grenade, à cause de sa réputation de paradis tropical.

Un paradis ça se mérite. Les portes de celui-ci sont larges de 10 milles, pendant lesquels nous sommes secoués et certainement lavés de tous nos péchés. Plus de 35 noeuds de vent réel, soit plus de 40 noeuds apparents, et une mer très hachée. Nous étions prévenus, le bateau était toilé en conséquence, tout se passe bien. En moins d'une heure nous atteignons Admiralty Bay sur l'île de Bequia (prononcez Békoué). Un photographe téméraire et acrobate vient à notre rencontre. Il est sanglé des deux cotés de son zodiac, il pilote d'une main, et de l'autre il mitraille. Les photos du bateau en pleine action sont ensuite proposées au prix fort. Les clients ne manquent pas, il y a plus d'une centaine de bateaux au mouillage ici.

Arrivée à Bequia

Pourtant la baie n'est pas du tout abritée du vent, aussi décidons-nous de prendre un corps-mort pour la nuit (40 EC, négociés à 25 EC pour la nuit suivante). Une rafale à 37 noeuds dans la nuit nous confortera dans l'idée que c'était la bonne décision pour dormir tranquille.
Après la nécessaire visite aux douanes et à l'immigration (très bien organisés et rapides), je retourne au bateau et j'emmène les enfants à la plage de Princess Margaret Bay. C'est une belle plage, avec cocotiers et sable fin, et peu de monde malgré les nombreux bateaux au mouillage. Romain et Bastien retrouvent James et Callum, deux copains anglais du catamaran Bagpuss.


Le mouillage de Admiralty Bay

La plage Princess Margaret


Le lendemain je me décide à commencer le nettoyage sous-marin du bateau. Je n'ai pas gratté depuis les Canaries, et une jungle d'algues, de mollusques et de coquillages commence à s'installer sous les coques et sur les hélices. Romain m'aide un peu. Bastien nage autour du bateau et observe les poissons. L'après-midi nous visitons le village de Port Elisabeth, la principale agglomération de Bequia, au fond de la baie. C'est charmant, tranquille, avec des maisons colorées et des petits commerces qui longent la (petite) rue principale. Il y a au moins cinq cafés internet! Le marché est bien approvisionné, nous faisons le plein de fruits savoureux. Le vendeur, Jean-Pierre, est un rasta qui parle un peu français. Il nous explique la religion rasta, nous parle de son dieu Haïlé Selassié et de sa terre promise l'Ethiopie. Il est fier de ses cheveux et nous le prenons en photo avec les enfants.


Port-Elisabeth, abords du village

Jean-Pierre et les enfants

L'école à bord est toujours la principale occupation des enfants, et préoccupation des parents. A Bequia, pour fêter la fin d'une série pour Romain et Bastien, nous nous offrons un bon restaurant. Plateau de fruits de mer grillés (dont bien sûr des langoustes), et poisson (vivanneau). Les enfants font connaissance de Rose, une petite fille de trois ans et demi dont les parents dînent à la table d'à côté. Ils nous invitent gentiment à venir partager leur dessert et du champagne Moet et Chandon, extra.
Le lendemain, pas d'école, repos pour tout le monde. Nous mouillons le bateau près de la plage, où nous allons à la nage. Les enfants ont trouvé une nouvelle occupation: ils passent des heures à confectionner des colliers de coquillages, la table du cockpit se transforme en atelier d'artisanat. Quelques uns de mes outils ne s'en remettront pas, mais le résultat est assez surprenant.

Le 8 Janvier, nous quittons Bequia pour Moustique. Nous longeons l'île de Petit Nevis, où les habitants dépècent les baleines qu'ils ont encore le droit de chasser aujourd'hui au nom du respect de la tradition. Quand on sait que ladite tradition ne remonte qu'au dix-neuvième siècle, la justification parait un peu faible. Puis nous visons la passe entre Semple's Cay et Petit Nevis.

Petit Nevis

Moustique
Nous nous faisons bien secouer pendant dix minutes. La passe est large de 400 mètres et fait face à l'océan. La houle de l'Atlantique s'engouffre dans ce goulet où les fonds remontent à 14 mètres, et crée des vagues dignes des plus gros coups de vent que nous ayons rencontré. Bien sûr, nous l'empruntons contre 20 noeuds de vent, et donc contre ces vagues. Et pour pimenter le tout, la carte marine que nous utilisons est fausse à cet endroit, l'ordinateur nous positionne carrément sur les rochers, où nous apercevons d'ailleurs une épave. Bref moment d'angoisse ...
Quand le calme revient, c'est un peu le chaos à l'intérieur. On avait même oublié de fermer un hublot! La cabine de Bastien est trempée.
Mais le mouillage de Britannia Bay, que nous atteignons une heure plus tard, en valait vraiment la peine. Ici interdiction de poser son ancre, pour protéger le corail, nous prenons donc un corps-mort (75EC pour 3 jours).
C'est une baie de carte postale, avec la plage de sable bordée de cocotiers, l'eau turquoise, les fonds coralliens. Hop, tout le monde à l'eau avec palmes, masque et tuba, on plonge dans l'aquarium. Il est difficile de sortir de l'eau. Après la plongée, les enfants s'amusent à sauter du bateau et Bastien s'aventure pour la première fois à sauter tout seul de la jupe arrière. Nous faisons une collection de photos "en plein vol".


Bastien et

Romain en plein vol

Le village des pêcheurs et le Basil's Bar

Magasins à Moustique

L'après-midi, promenade au village des pêcheurs et visite de quelques commerces, très kitsch. Nous retrouvons nos amis Gilles, Isabelle, et Olivier, rencontrés deux jours plus tôt au restaurant à Bequia, qui louent une maison à Moustique. Ils nous font visiter cette petite île de 5 km2 dans leur 4x4. On aperçoit quelques belles demeures cachées dans la végétation. Moustique est surnommée l'île aux milliardaires, en raison des quelques personnes célèbres et à l'abri du besoin qui y passent leur vacances (Lou Reed, David Bowie, Tommy Hillfinger, Lagardère,... pour n'en citer que quelques uns). Elle est gérée par la "Mustique Company", qui s'occupe de tout ici et qui possède sa propre compagnie aérienne.
Nous nous baignons sur la plage de Macaroni. Mick Jaegger était là ce matin. Tant pis pour lui, il nous a raté.
C'est sur la côte au vent, et de gros rouleaux se fracassent sur le sable. Je me fais rouler sous l'eau avec Bastien dans les bras. Romain s'amuse à braver les vagues.
Le soir, dîner chez nos amis. Langouste et champagne au menu, Lanson cuvée Grand Siècle, sous la pleine lune, j'appelle ça du savoir-vivre!
Du coup, on décide de rester une journée supplémentaire pour profiter pleinement de ce petit paradis. Le matin, CNED, baignade à la récré, plongée, lecture, soleil. Et même un peu de gym! L'après-midi, nos amis nous rejoignent sur le bateau et c'est le même programme.


L'école et la cour de récréation


Baignade autour du bateau

Le soir nous dînons ensemble au Basil's Bar, le restaurant incontournable de Moustique, construit sur pilotis sur la plage. En entrée, nous testons une soupe de Callaloo, un légume proche de l'épinard. Ensuite ... langouste grillée bien sûr. Ce n'est que la quatrième fois cette semaine, mais ici c'est moins cher que la pizza, on ne peut pas faire autrement! Et tout ça est arrosé d'un petit Macon Village bien frais. Nous finissons la soirée au Firefly, le seul bar de l'île, en sirotant des cocktails. Olivier se révèle être un excellent pianiste et chanteur. Il se met au piano et interprète des tubes des Beattles, de John Lennon ("Imagine", à la demande de Bastien) et autres Rolling Stones. Ça chauffe l'ambiance, dans ce bar essentiellement fréquenté par des anglais. Super soirée! On se couche un peu tard ce soir là, vers 1h du matin. Le retour en annexe jusqu'au bateau nous dégrise un peu. Et dire que demain il y a école!

Tobago Cays
Nous quittons Moustique le 10 Janvier en direction des Tobago Cays. Un coryphène s'accroche à notre ligne mais nous n'arrivons pas à ralentir le bateau suffisamment et il se décroche. Dommage, ça fait longtemps qu'on a pas mangé le produit de notre pêche (heureusement qu'il y a les langoustes ...). A 13h, nous sommes au mouillage entre les îles Baradal et Jamesby. Le temps n'est pas terrible, avec de nombreux grains, un ciel bouché. Ce n'est que le lendemain que la splendeur du lieu se révèle enfin conforme à sa réputation. Les Tobago Cays ne sont constitués que de cinq minuscules îles, entourées par une grande barrière de corail en forme de fer à cheval, qui les protège de la houle du large. On mouille dans ce lagon, dans des eaux turquoises, face à l'Océan qui déferle sur la barrière, seule protection entre nous et l' Afrique. Ici, pas question de solitude, car évidemment cet endroit figure sur tous les prospectus et catalogues de voyage du monde. Mais il y a largement la place de caser la soixantaine de bateaux qui nous entourent (ou plutôt qui regardent notre arrière car, catamaran oblige, nous sommes mouillés les plus près de la barrière par moins de deux mètres de fond, notre vue est presque imprenable). Le vent est très constant la nuit, entre 17 et 19 noeuds. Le matin, après l'école, nous partons tous les quatre explorer la barrière de corail. C'est une première pour les enfants qui s'émerveillent. Qui n'a pas rêvé de nager au milieu du décor en visitant un aquarium tropical? Les coraux manquent un peu de variété et de couleur, mais c'est quand même très beau (Pascale et moi sommes devenus un peu difficiles depuis les plongées aux Maldives).


Nous déjeunons "en terrasse" entre le ciel et l'eau, puis nous levons l'ancre vers l'île de Union où nous irons faire les formalités de sortie de Saint-Vincent. C'est difficile de quitter cet endroit aussi vite, mais nous voulons descendre jusqu'à Grenade, où nous avons rendez-vous avec Kadavu que nous n'avons pas revu depuis Tenerife. Nous reviendrons aux Tobago Cays en remontant.

Union
A 15h, le 11 Janvier, nous mouillons à Clifton Harbour, juste derrière... Nusa Dua, l'Outremer 45 de l'ami Pierre. C'est le même scénario qu'à Formentera en Août dernier, où l'on avait retrouvé Pierre par hasard et mouillé derrière lui. Ce n'est pas par esprit de clan, mais ça fait toujours plaisir de retrouver un Outremer 45 dans une contrée lointaine. On fait un petit apéro le soir sur Imagine pour fêter ça. Bastien se déguise en rasta. Ya'man!

A suivre ...


Bastien Raconte

Les Grenadines

Ca commence par Bequia. En arrivant à Bequia, il y avait un Monsieur qui prenait des photos avec son annexe, dans les grosses vagues. La baie de Bequia est très bien. Quand nous allons au marché nous rencontrons un marchand qui s'appelle Jean-Pierre. Sa coiffure est très rigolote, c'est un rasta. Il nous a raconté que ça fait dix ans qu'il ne s'est pas coupé les cheveux. Sur la plage de Bequia, nous ramassons plein de petits coquillages pour en faire des colliers et nous avons retrouvé un copain de l'ARC. Le dernier soir nous allons au restaurant et nous rencontrons des gens qui allaient une fois par an à Moustique, et qui voyagaient aussi beaucoup dans le monde. Il y avait une petite fille qui s'appelle Rose et qui voyageait avec eux, et je lui racontais des histoires.
Après c'est Moustique. On y retrouve Rose et ses parents. Au mouillage, nous faisons des sauts rigolos du bateau, et avec masque et tuba, nous allons voir les coraux et nous voyons des poissons, j'ai même vu une grosse sole. Un jour nous allons à Macaroni beach, une plage avec des gros rouleaux, et nous nous amusons bien dedans.
Ensuite les Tobago Cays, nous allons mouiller juste devant une grande barrière de corail et l'après-midi nous allons la voir. Il y avait plein de poissons. Puis nous rentrons et le lendemain nous partons à Union.
Enfin Union, où nous allons mouiller dans la baie de Clifton et le soir je me déguise en rasta en m'accrochant plein de pinces à linge dans les cheveux et je joue au piano. Nous retrouvons aussi Nusa Dua et nous les invitons à prendre l'apéro.

 

Les photos des Grenadines